Le piano rend-il plus intelligent ?
Outre gagner des points à un test de QI ou décrocher un poste à VIR (Very Important Responsability) ou à VIS (Very Important Salary),
l’intelligence peut offrir de multiples avantages, tant au niveau personnel que collectif, mais là n’est pas le sujet.
Chacun de nous étant toujours le con d’un autre, se pose l’épineuse question : c’est quoi être intelligent ?
Évaluer l’intelligence humaine suivant deux axes : l’intelligence verbale et logico-mathématique apparaît aujourd’hui réducteur.
Combien d’enfants en paient les conséquences durant leur scolarité !
Avec le temps, les travaux du psychologue Howard Earl Gardner, qui aboutirent en 1983 à l’identification de 9 intelligences,
sont aujourd’hui considérés comme pertinents pour un nombre croissant de chercheurs et pédagogues …
Avec mon humble expérience de compositeur et de professeur de piano, j’ai constaté que la pratique du piano mobilisait
et entraînait ces 9 intelligences particulièrement chez les jeunes élèves mais aussi chez les adultes, jusqu’à un âge avancé
(la doyenne de mes élèves a 80 ans).
Je rejoins le pianiste et pédagogue Robert Kaddouch et le cite : « L’apprentissage du piano n’est pas une fin en soi. Il n’a de sens qu’en vue de l’épanouissement de l’élève ».
Ainsi, jouer du piano est avant tout une source de plaisir mais il permet aussi de développer chez l’individu de multiples facultés
comme l’attention, l’inventivité, les différentes mémoires, la motricité fine, la réactivité, la sociabilité etc …
Je vous propose un petit exposé sur ces 9 intelligences et leur lien avec l’apprentissage du piano. A lire sur mon site : www.ecoledessons.fr
1 – L’intelligence verbale :
On peut la définir comme notre capacité à utiliser et à comprendre les mots et les nuances de sens.
Elle est utile pour bien s’exprimer, à l’oral comme à l’écrit et pour bien comprendre un propos, un texte …
Comme le langage, la musique s’exprime sous forme de phrases. Exclamatives, interrogatives, introductives, conclusives etc … Celles-ci sont structurées, assemblées à l’aide d’une grammaire, appelé solfège, et articulées dans le but de donner du sens à ce que l’on souhaite exprimer.
Il y a un lien évident entre une partition et un texte. Entre une lecture, une déclamation théâtrale et une interprétation musicale.
Le solfège, l’interprétation (le touché legato liant les notes comme on lie les mots), l’improvisation et l’écriture musicale font travailler et développent particulièrement cette intelligence.
Dès les premiers cours, je propose à mes élèves d’improviser puis d’écrire de petites phrases musicales simples.
Interpréter ses propres compositions est gratifiant pour le pianiste en herbe. Il est important pour moi que le language musical,
(ce fameux solfège qui a terrifié tant d’élèves, moi le premier) soit éprouvé concrètement et de manière ludique.
« La musique est une langue imaginaire qui nous parle » (F. Chopin)
« Parler et aimer sont essentiellement liés » Maurice Blanchot
2 – L’intelligence logico-mathématique :
Tout est nombre …
Fait cocasse et rarement mentionné à l’école, les premiers mathématiciens de l’histoire étaient nommés acousmaticiens.
L’un des plus illustres, Pythagore, étudia au vie siècle av. J.-C. l’acoustique musicale, notamment les intervalles à l’aide d’un outil, le monocorde.
C’est à lui que l’on doit par exemple la gamme chromatique.
On retrouve le nombre dans divers domaines de l’apprentissage du piano : chiffrage de la mesure, intervalles, doigtés, tempo …
Les expériences acoustiques.
Pour avoir plaisir à apprendre, l’élève aura besoin de comprendre une certaine logique, de décortiquer les tenants et les aboutissants en manipulant des objets sonores.
La physique du son est abordée de manière ludique lors des premiers cours dispensés et
je suis chaque fois étonné de constater l’engouement des jeunes élèves pour le simple diapason.
3 – L’intelligence corporelle-kinesthesique :
Les doigts du pianiste sont les prolongements d’un corps que la musique fait danser.
Un corps de marbre, insensible aux vibrations sonores aura les plus grandes difficultés à jouer du piano.
Quand on danse, on joue naturellement de la musique en frappant des pieds et des mains par exemple.
La Pédagogie d’Emile Jaques-Dalcroze qui privilégie le ressenti de la musique par le corps, m’a beaucoup inspiré sur ce point.
Comme le dit Bernard Sève, « Le musicien qui apprend à jouer d’un instrument transforme son corps physique naturel en corps musicien ».
Apprendre, mémoriser par le corps en mouvement, la gestuelle est au centre de l’apprentissage du piano.
On retrouve cette forme d’intelligence dans de nombreux métiers : sportifs, danseurs, mais aussi artisans, chirurgiens …
4 – L’intelligence visuelle et spatiale
La capacité de représentation mentale.
De l’acoustique à l’écriture musicale le lien entre l’espace et le son est évident. Le nombre d’oeuvres plastiques reliant graphisme et son en témoignent. (Kandinsky, Klee, Nam June Paik, Soulage, Cage …). On parle aussi d’espace sonore dans les domaines de l’acoustique.
Le clavier :
Difficile d’évoquer la piano sans s’extasier devant son principal attribut : le clavier, cette invention humaine parmi les plus géniales de l’histoire.
Le piano est souvent considéré comme l’instrument roi, du fait par exemple que le clavier s’étend sur une large spectre de fréquences . Un clavier de 88 touches couvre l’ensemble des clefs musicales. Celui qui maitrise le clavier a le pouvoir aux bout des doigts.
Main gauche associée aux basses et à la clef de Fa, main droite associée aux médium-aigus de la clef de sol, toutes deux devant être jouées simultanément ainsi que l’apprentissage des doigtés et des intervalles sont un gros « challenge » pour le cerveau et développent particulièrement cette intelligence.
5 – L’intelligence interpersonnelle
L’écoute :
C’est, finalement, la première compétence que doit développer un musicien.
On pourrait discuter longuement sur l’écoute, mais considérons simplement que le préalable à l’écoute est la prise de conscience
et la considération de tout ce qui est extérieur à soi.
La qualité d’un musicien se mesure à sa capacité à savoir écouter. Le silence, les sons, les musiques, les autres musiciens, les leçons, les directives …
Les musiciens peuvent jouer ensemble une même oeuvre en harmonie s’ils ont développé cette compétence.
Les musiciens ne parlent pas tous en même temps, ne coupent pas la « parole », cette intelligence est évidemment aussi utile
pour vivre en société que pour apprendre et pour comprendre.
6 – L’intelligence intra-personnelle
Comme le sportif, le pianiste doit évaluer constamment ses objectifs et ses acquis pour progresser.
Toute progression dans l’apprentissage du piano ne peut se faire que lentement en travaillant avec méthode et organisation.
Je le répète souvent à mes élèves, on ne peut apprendre à jouer du piano rapidement. Les méthodes « magiques » fleurissant sur le web, ne parviendront qu’à vous soutirer rapidement de l’argent et vous permettront, dans le meilleur des cas , de jouer votre morceau favoris comme un singe savant.
Le piano sollicite le cerveau constamment, à différents niveaux (mémoire visuelle, auditive, motricité, synchronicité des mains, attention etc …).
C’est pourquoi calme et méthode sont indispensable, chaque difficulté devant être appréhendée l’une après l’autre.
7 – L’intelligence philosophique :
C’est cette intelligence qui fait que par exemple, vous ne joueriez pas « la danse des canards » à un enterrement.
Derrière chaque musique il y a matière à réfléchir sur la vie.
Le choix des oeuvres, le travail de l’interprétation sont idéals pour développer cette intelligence. D’aucuns dirait la sensibilité.
8 – l’intelligence de la nature :
Plus rare que les autres, elle se caractérise par la capacité de comprendre, la nature, le vivant et la classer en grandes familles. Les personnes intéressées par les plantes, les animaux, les pierres, ces enfants ayant grandi dans la nature sont souvent plus épanouis.
Pour avoir plaisir à apprendre, l’enfant a besoin d’organiser, classer, trier l’information. Si l’on veut avoir un aperçu du lien entre la nature et la musique, écoutons le carnaval des animaux ou Erik Satie …
9 – L’intelligence musicale.
Elle est caractérisée par la capacité de se souvenir d’un morceau, d’identifier les notes, les instruments, de rejouer un morceau … Les gens doués de cette forme d’intelligence pensent en rythmes, en mélodies. Développer l’intelligence musicale permet d’améliorer les relations sociales, personnelles et sentimentales car la musique facilite la communication et peut remplacer les mots.
Comment la reconnait-on chez l’enfant ? il fredonne souvent, retient facilement des chansons ou des morceaux, se met à danser sur le moindre rythme, tapote sur la table ou sur tous les objets en rythme, ressent les émotions exprimées par la musique.
Pour avoir plaisir à apprendre, l’enfant a besoin de transformer les notions en chanson ou en rythmes. La musique peut être pour lui une source d’inspiration.
Mais finalement, cette intelligence est-elle peut-être de trop dans mon propos, puisqu’elle résume toutes les autres.
Sans oublier … L’entraînement de la mémoire
Efficace tant pour les plus jeunes comme les plus âgés, l’apprentissage du piano est excellent pour entrainer la mémoire :
Retenons trois types de mémoire sollicitées par la pratique du piano.
La mémoire auditive : la personne retiendra plus facilement grâce aux sons qu’elle entend ;
La mémoire visuelle : également appelée mémoire eidétique, la personne s’appuie sur des images ou des photos pour assimiler et mémoriser ;
La mémoire kinesthésique : la personne a besoin de ressentir les choses pour les retenir.